Dépôt et horodatage logiciel : construire la preuve

Dater une version ne suffit pas à prouver sa propriété. Comparez dépôt APP, e-Soleau et horodatage, puis constituez une chaîne de droits cohérente.

Image illustrant l'article: Dépôt logiciel et horodatage : que prouvent-ils ?

Un dépôt de logiciel répond à une question précise : quel contenu existait à telle date ? Il ne délivre ni droit d’auteur, ni certificat de propriété. Pour qu’une preuve soit réellement utile, il faut relier la version déposée à ses auteurs, aux contrats de travail ou de cession et à l’historique du projet.

Ce que l’horodatage prouve — et ce qu’il ne prouve pas

En France, un logiciel original est protégé par le droit d’auteur dès sa création, sans formalité. Le dépôt intervient ensuite sur le terrain de la preuve. Il matérialise un fichier ou un ensemble de fichiers à une date donnée ; il ne tranche pas, à lui seul, la titularité des droits ni l’originalité du code.

ÉlémentCe qu’il apporteLimite à garder en tête
Dépôt probatoireTrace du contenu remis et de sa dateNe vérifie pas nécessairement l’auteur ni la chaîne des droits
Horodatage électronique qualifiéPrésomption d’exactitude de la date et de l’heure, et d’intégrité des données liéesNe prouve pas que le déposant a écrit le code ou peut l’exploiter
Contrats et historique de développementRelient les contributions à la personne ou à l’entreprise qui revendique les droitsDoivent rester cohérents avec la version déposée

La nuance est importante en cas de développement collectif. Le Code de la propriété intellectuelle prévoit, sauf disposition contraire, la dévolution à l’employeur des droits patrimoniaux sur le logiciel créé par un salarié dans l’exercice de ses fonctions ou d’après ses instructions. Pour un freelance, un associé ou un sous-traitant, il faut examiner les contrats : le dépôt ne remplace pas une cession valable.

Choisir entre APP, e-Soleau et horodatage

Dépôt APP : suivre les versions d’un actif numérique

L’Agence pour la Protection des Programmes propose des dépôts conçus pour les logiciels et autres créations numériques. L’enregistrement reçoit un numéro IDDN et un certificat ; les mises à jour peuvent être rattachées à la même filiation afin de montrer l’évolution chronologique du logiciel. Selon le niveau choisi, l’APP peut aussi vérifier la lisibilité, l’organisation ou la cohérence opérationnelle des éléments remis.

Ce mécanisme convient lorsque l’on veut conserver le code et sa documentation auprès d’un tiers spécialisé. L’entiercement poursuit un autre but : organiser contractuellement l’accès d’un client au dépôt si un événement défini survient, par exemple la défaillance du fournisseur.

e-Soleau : dater un contenu auprès de l’INPI

L’e-Soleau permet de constituer auprès de l’INPI une preuve de création à une date précise. Elle peut accueillir une représentation du logiciel et des documents qui l’expliquent. Là encore, le récépissé atteste un dépôt ; il ne transforme pas le déposant en titulaire des droits.

Horodatage qualifié : sécuriser une empreinte et une date

Le règlement européen eIDAS accorde à l’horodatage électronique qualifié une présomption concernant la date, l’heure et l’intégrité des données associées. C’est plus précis que de qualifier toute blockchain ou tout journal Git de « preuve incontestable ». Ces éléments peuvent contribuer à un faisceau de preuves, mais leur portée dépend de la méthode, de l’identification des intervenants et de la conservation.

Préparer un dépôt de code exploitable

Déposer une archive opaque affaiblit la démonstration. Il vaut mieux figer un paquet que l’on pourra relire plusieurs années plus tard :

  • le code source correspondant à une version identifiée, avec son numéro de version ou son commit ;
  • un inventaire des fichiers et leur empreinte, ainsi que la date de constitution de l’archive ;
  • les instructions de compilation, d’installation ou d’exécution utiles ;
  • la documentation d’architecture et la liste des dépendances principales ;
  • un état des composants tiers, de leurs licences et des éléments sur lesquels aucun droit n’est revendiqué.

Les secrets, mots de passe, clés privées et données personnelles n’ont pas leur place dans l’archive. Pour un logiciel SaaS, le fait de garder le code côté serveur limite sa diffusion, mais ne crée pas une protection juridique supplémentaire. Les mesures de secret, les droits d’accès et les contrats restent nécessaires.

Relier la preuve technique à la chaîne des droits

Avant le dépôt, dressez une courte cartographie des contributions. Qui a écrit chaque module ? Dans quel cadre ? Les contrats couvrent-ils la documentation, les correctifs et les versions futures ? Le dépôt doit correspondre à cette réalité, sans présenter comme propriétaire un composant open source ou livré par un client.

Ensuite, choisissez des jalons qui ont un sens : première version exploitable, livraison majeure, refonte du moteur ou entrée d’un partenaire. Une mise à jour à chaque commit produirait beaucoup de bruit ; un seul dépôt ancien ne documenterait pas les évolutions importantes.

Conserver la preuve dans la durée

Gardez ensemble le certificat, le paquet déposé, son empreinte, la facture ou le contrat du service et les documents qui établissent les droits. Notez aussi les échéances de conservation. La durée légale du droit d’auteur et la durée de disponibilité du dépôt sont deux calendriers différents.

En cas de litige, cet ensemble permet d’expliquer simplement la chronologie : création, contributions, acquisition des droits, dépôt d’une version déterminée, puis mises à jour. C’est cette cohérence, davantage qu’un outil isolé, qui donne au dossier sa force.

Photo de profil de Lucien Trouette : Lucien Trouette

Rédigé par Lucien Trouette

Conseil en propriété industrielle, Lucien Trouette accompagne la protection et la valorisation des inventions, notamment en chimie et mécanique.

Publié le 19 septembre 2024Modifié le 11 juillet 2026

Questions fréquentes

Un dépôt de logiciel prouve-t-il que j’en suis propriétaire ?

Non. Il atteste surtout qu’un contenu déterminé a été déposé à une date donnée. La propriété se démontre aussi avec l’identité des auteurs, les contrats de travail ou de cession et l’historique des contributions.

Quelle différence entre un dépôt APP et une e-Soleau ?

Les deux servent à dater un contenu. L’APP propose un dispositif spécialisé pour les créations numériques, avec filiation IDDN des versions et différents niveaux de dépôt. L’e-Soleau est le service probatoire général de l’INPI. Le choix dépend du contenu à conserver et de l’usage attendu.

Que faut-il déposer pour documenter une version de logiciel ?

Déposez le code source de la version visée, un inventaire avec empreintes, la documentation nécessaire à sa compréhension et la liste des composants tiers. Retirez les secrets techniques d’accès, clés privées et données personnelles.

Un horodatage qualifié suffit-il devant un juge ?

Il bénéficie d’une présomption sur l’exactitude de la date, de l’heure et sur l’intégrité des données associées. Il ne répond pas, à lui seul, aux questions d’auteur, d’originalité ou de titularité. Il s’insère donc dans un dossier de preuves plus large.

À quel rythme faut-il mettre à jour un dépôt logiciel ?

Choisissez des jalons compréhensibles : version initiale exploitable, livraison majeure, refonte significative ou transfert de droits. Le calendrier doit suivre les changements qui modifient réellement l’actif, tout en respectant la durée de conservation du service choisi.

Vous voulez aller plus loin sur la protection des logiciels?

Notre équipe vous accompagne sur chaque étape: audit, documentation, dépôt et défense en cas de contrôle.
Discutons de votre projet.

Prendre rendez-vous

Choisissez un créneau ci-après pour rencontrer un membre de l'équipe Klarc.