Orienter des travaux de R&D consiste à décider quelles incertitudes scientifiques ou techniques traiter, dans quel ordre, avec quelles ressources et selon quels critères d’arrêt. Une feuille de route commerciale ou une liste de fonctionnalités ne suffit pas : la R&D suppose un objectif de connaissance, une démarche systématique et un résultat incertain.
Partir du problème, pas de la solution souhaitée
Décrivez le contexte d’usage, la limite rencontrée et les performances attendues. Puis confrontez ce problème à l’état des connaissances accessibles : publications, brevets, normes, solutions concurrentes, essais antérieurs et savoir interne documenté.
L’analyse doit faire apparaître ce qui reste réellement non résolu. Une difficulté de planning, de coût, d’intégration courante ou de recrutement n’est pas, à elle seule, une incertitude scientifique ou technique.
Transformer l’incertitude en hypothèses testables
Pour chaque verrou, formulez une ou plusieurs hypothèses. Indiquez le mécanisme envisagé, les variables à observer, le protocole, la référence de comparaison et le résultat qui confirmerait ou invaliderait l’hypothèse.
Cette étape évite les programmes trop larges du type « améliorer la performance ». Une question utile est plus précise : quelle limite connue cherche-t-on à dépasser, et quelle connaissance nouvelle l’essai doit-il produire même s’il échoue ?
Prioriser un portefeuille, pas seulement des idées
Comparez les sujets selon leur importance stratégique, le niveau d’incertitude, l’effort nécessaire, les dépendances, la disponibilité des compétences et la valeur des apprentissages attendus. Le projet le plus prometteur commercialement n’est pas toujours celui qui doit recevoir immédiatement le budget expérimental le plus élevé.
Organisez des jalons de décision courts : poursuivre, modifier l’hypothèse, suspendre ou arrêter. Définissez ces critères avant l’essai afin d’éviter de réinterpréter les résultats pour justifier une décision déjà prise.
Produire des preuves au fil des travaux
La documentation utile est contemporaine : version de l’état de l’art, protocole daté, paramètres, données brutes, écarts, résultats négatifs, décisions et contributions des personnes. Elle permet à une autre équipe de comprendre le raisonnement et de ne pas répéter une impasse.
Le Manuel de Frascati retient cinq critères pour la R&D : nouveauté, créativité, incertitude, caractère systématique et transférabilité ou reproductibilité. Le guide CIR 2025 demande notamment une analyse critique de l’état de l’art, l’identification du verrou, la justification de l’incertitude et la description détaillée de la démarche.
Relier R&D, propriété intellectuelle et financement
Avant une publication, une démonstration ou un partenariat, examinez les résultats susceptibles d’être brevetés, gardés secrets ou contractualisés. En parallèle, séparez les preuves scientifiques des justificatifs financiers : les deux doivent se correspondre, mais ils ne répondent pas au même besoin.
Révisez enfin la feuille de route lorsque l’état de l’art, les données ou la stratégie changent. Une orientation R&D solide accepte d’abandonner une hypothèse tout en conservant l’apprentissage produit.
Pour mettre en place ce pilotage, consultez notre accompagnement à l’orientation des travaux de R&D.

Docteure en statistique appliquée, Carine Doyharçabal accompagne la qualification et la sécurisation des travaux de R&D&I chez Klarc.
