Un accord de confidentialité organise la circulation d’informations sensibles. Il dit qui peut recevoir quoi, pour quel usage et pendant combien de temps. Il ne crée aucun droit de propriété intellectuelle et ne répare pas une divulgation déjà faite : il doit être signé avant l’ouverture des dossiers confidentiels.
Commencer par l’opération, pas par un modèle de NDA
Le même texte ne convient pas à une levée de fonds, un audit technique et une recherche commune. Avant de rédiger, décrivez l’échange : quelles équipes seront impliquées, quelles données doivent vraiment sortir, qui pourra les consulter et ce que le destinataire est autorisé à en faire.
L’accord peut être unilatéral si une seule partie révèle des informations, ou réciproque si chacune en communique. Un NDA réciproque n’impose pas pour autant des obligations identiques : les catégories de données et les contraintes de conservation peuvent différer.
Les clauses qui donnent un périmètre praticable
Définition des informations confidentielles
Une formule comme « toute information échangée » paraît protectrice, mais elle est difficile à appliquer. Décrivez des catégories reconnaissables : code source, architecture, résultats d’essais, données financières non publiées, fichiers clients, feuille de route ou conditions commerciales. Précisez le traitement des échanges oraux : compte rendu, confirmation écrite ou marquage dans un délai convenu.
Finalité et usages autorisés
La clause de finalité est le véritable garde-fou. Elle peut autoriser l’évaluation d’un partenariat tout en interdisant l’exploitation commerciale, l’entraînement d’un modèle, le dépôt d’un titre de propriété industrielle ou l’ingénierie inverse, selon le contexte et le droit applicable. Une interdiction de divulguer ne suffit pas si l’usage interne reste indéfini.
Destinataires et transmission en chaîne
Indiquez les personnes qui ont besoin d’accéder aux informations : salariés affectés au projet, conseils soumis au secret professionnel, sous-traitants identifiés ou sociétés du groupe. Le signataire doit leur imposer des obligations compatibles et répondre du circuit qu’il organise. Une filiale ou un prestataire n’est pas automatiquement lié par la signature de la société mère.
Absence de licence ou de transfert de droits
Le NDA doit préciser que la communication n’accorde ni licence, ni cession, ni promesse sur les brevets, logiciels, marques ou savoir-faire. Si les parties vont produire ensemble des résultats, un contrat distinct doit régler la propriété des apports antérieurs, des développements communs et des améliorations. La confidentialité protège un échange ; elle ne répartit pas les droits.
Durée : distinguer l’échange de l’obligation
Deux horloges doivent apparaître. La première détermine la période pendant laquelle les parties peuvent transmettre des informations. La seconde fixe la survie de l’obligation après la fin des discussions ou du contrat. Il n’existe pas de durée universelle de deux, cinq ou dix ans.
La durée se choisit selon la vitesse d’obsolescence et la sensibilité. Une grille tarifaire perd vite son intérêt ; un procédé secret peut conserver sa valeur bien plus longtemps. Pour ce dernier, on peut lier l’obligation au maintien du caractère secret, sous réserve des règles applicables et des exclusions prévues.
Prévoir des exclusions vérifiables
Le destinataire ne devrait pas être tenu pour une information qu’il peut démontrer :
- déjà publique sans violation de l’accord ;
- connue licitement avant sa communication ;
- reçue d’un tiers autorisé à la transmettre ;
- développée indépendamment sans recours aux informations reçues ;
- divulguée avec l’autorisation écrite de la partie émettrice.
Ajoutez une procédure pour la divulgation exigée par la loi, une autorité ou une juridiction : avertissement préalable lorsque cela est permis, limitation au strict nécessaire et coopération pour demander une mesure de protection. Les droits d’alerte et autres exceptions légales ne peuvent pas être neutralisés par une rédaction générale.
Associer le contrat à des mesures de secret
Le Code de commerce exige des mesures de protection raisonnables pour qu’une information puisse relever du secret des affaires. Le NDA est l’une d’elles, pas la seule. Dans la pratique, il faut aussi classer les documents, limiter les habilitations, utiliser des espaces d’échange nominatifs, tracer les accès, révoquer les comptes et sensibiliser les personnes autorisées.
À la fin du projet, prévoyez restitution ou destruction, avec une exception étroite pour les sauvegardes automatiques et les archives imposées par la loi. Le texte doit expliquer leur régime : accès restreint, absence d’usage et suppression selon le cycle normal de conservation.
Recours en cas de violation
L’accord peut prévoir une notification immédiate, la cessation de l’usage, la restitution des supports et l’indemnisation du préjudice. Une clause pénale fixe à l’avance une somme, mais le juge peut la modérer ou l’augmenter si elle est manifestement excessive ou dérisoire. Elle ne dispense donc ni de documenter l’incident ni de préserver les preuves.
Lorsque l’information répond aux critères du secret des affaires, le tribunal peut ordonner des mesures proportionnées pour prévenir ou faire cesser l’atteinte, y compris l’interdiction d’utilisation ou de divulgation et la destruction ou remise de fichiers. En négociation, l’article 1112-2 du Code civil engage aussi la responsabilité de celui qui utilise ou divulgue sans autorisation une information confidentielle obtenue à cette occasion.

Conseil en propriété industrielle, Lucien Trouette accompagne la protection et la valorisation des inventions, notamment en chimie et mécanique.
