Points clés Ce qu’il faut retenir de cet article en quelques mots
  • Le système de Madrid centralise le dépôt via l’OMPI, mais chaque office désigné examine la marque selon son propre droit et peut opposer un refus provisoire.

  • Le signe et le libellé de la demande internationale sont plafonnés par la marque de base française : ils peuvent être restreints mais jamais élargis.

  • Pendant cinq ans, l’enregistrement international reste lié à la marque de base, avec une transformation possible en demandes nationales dans les trois mois suivant une radiation.

  • Les taxes de base OMPI s’élèvent à 653 francs suisses en noir et blanc et 903 en couleur, hors taxes individuelles et de classes des membres désignés.

Le système de Madrid simplifie le dépôt d’une marque dans plusieurs pays, mais il ne délivre pas une protection mondiale. Une demande unique est transmise à l’OMPI ; chaque office désigné reste ensuite libre d’accepter ou de refuser la protection sur son territoire.

Pour un déposant rattaché à la France, la procédure part d’une demande ou d’une marque française et passe par l’INPI. La centralisation réduit les formalités. Elle ne remplace ni les recherches locales ni l’examen du projet pays par pays.

Du dépôt français aux offices étrangers

L’INPI vérifie notamment que la demande internationale correspond à la marque de base, puis la transmet à l’OMPI. Après son contrôle formel, l’Organisation inscrit l’enregistrement international et avertit les membres choisis.

Cette inscription n’équivaut pas à une acceptation dans chaque pays. Les offices nationaux ou régionaux examinent la marque selon leur propre droit. Un refus provisoire doit généralement être notifié sous 12 mois, parfois 18. La difficulté rencontrée dans un territoire ne prive pas automatiquement le déposant des protections admises ailleurs.

La chronologie type d’une demande

Concrètement, le déposant complète le formulaire MM2 auprès de l’INPI, qui contrôle la conformité avec la marque de base et transmet le dossier à l’OMPI. L’examen formel de l’OMPI porte sur les mentions obligatoires, le classement des produits et services et le paiement des taxes. Une fois l’enregistrement international inscrit dans le Registre, chaque office désigné dispose du délai qui lui est propre pour se prononcer.

La marque de base limite le dossier

Le signe international doit correspondre au signe déposé en France. Quant aux produits et services, ils peuvent être restreints pour une désignation, jamais élargis au-delà du libellé de base.

Ce point mérite plus d’attention que le simple choix des classes. La classe sert au classement ; le libellé définit les produits et services visés. Si une activité importante manque dans la demande française, Madrid ne permet pas de l’ajouter au passage, et un dépôt national ou régional distinct devra alors être envisagé pour couvrir cette activité.

Cinq années de dépendance

Pendant les cinq premières années de l’enregistrement international, son sort reste lié à celui de la marque de base. Une limitation, un retrait, un refus ou une annulation touchant cette base peut entraîner une radiation correspondante à l’international.

Une transformation en demandes nationales ou régionales demeure possible dans certaines conditions. Elle doit être engagée dans les trois mois suivant l’inscription de la radiation et entraîne de nouvelles démarches locales. Mieux vaut donc examiner la solidité de la base avant de lui rattacher un portefeuille étendu. Un audit préalable des antériorités françaises, l’identification des motifs de refus prévisibles et une rédaction prudente du libellé permettent de sécuriser cette période sensible.

Quels pays désigner ?

La réponse part du projet commercial : lieux de vente, de production, de licence ou risques de copie. Désigner un territoire sans usage prévisible augmente les coûts de gestion sans nécessairement renforcer la stratégie.

  • Les antériorités doivent être examinées dans chaque marché prioritaire.
  • Le signe mérite aussi d’être testé dans les langues et alphabets concernés.
  • Le libellé doit correspondre aux produits et services réellement prévus.
  • Le budget peut devoir intégrer le recours à un mandataire local.

Un nouveau membre peut être ajouté plus tard par désignation postérieure. Cette démarche ne fait toutefois pas disparaître les droits qu’un tiers aurait acquis entre-temps ; l’ordre des désignations pèse donc dans les marchés où la concurrence dépose activement.

Combien coûte un dépôt Madrid ?

Au 12 août 2026, l’OMPI affiche une taxe de base de 653 francs suisses pour une marque en noir et blanc et de 903 francs suisses pour une marque en couleur. S’ajoutent les taxes des membres désignés et, selon le système applicable, celles liées au nombre de classes. Certains membres perçoivent une taxe individuelle.

Le calculateur officiel reste le seul moyen d’obtenir une estimation adaptée au dossier. Le budget doit aussi intégrer les frais qui naîtront en cas d’objection : réponse juridique, traduction ou représentation locale. Anticiper ces postes évite les mauvaises surprises quand un office notifie un refus provisoire à traiter dans un délai contraint.

Madrid, marque de l’Union européenne ou dépôts nationaux ?

Madrid devient intéressant lorsque plusieurs membres sont visés et que la gestion centralisée apporte un avantage réel. Un dépôt national peut être plus simple pour un marché isolé. Pour une protection uniforme dans l’Union européenne, une demande directe auprès de l’EUIPO constitue une autre option.

Le choix dépend moins du prix affiché que du calendrier d’expansion, de la robustesse de la marque de base et du niveau de risque dans chaque territoire. Une marque de l’Union européenne peut aussi être désignée via Madrid, ce qui combine parfois les deux systèmes lorsque la stratégie couvre plusieurs continents.

Après l’enregistrement : entretien du portefeuille

Une fois la marque enregistrée, le titulaire doit surveiller les publications, répondre aux refus provisoires dans les délais impartis, actualiser les inscriptions (changements de titulaire, licences, adresses) et renouveler la protection tous les dix ans. Le portail eMadrid de l’OMPI centralise ces opérations à partir d’un même numéro d’enregistrement, ce qui reste l’un des avantages structurels du système. Les renouvellements manqués ou les changements non inscrits fragilisent l’ensemble du portefeuille international.

Le choix d’une marque de base mérite d’être préparé avec soin. Le guide du dépôt à l’INPI présente le point de départ français. Lorsque l’Union européenne constitue le marché principal, le guide de la marque de l’Union européenne permet de comparer cette voie à une désignation via Madrid.

Joachim Brindeau, auteur de « Système de Madrid : déposer une marque internationale ».

Auteur : Joachim Brindeau

Avocat en droit des affaires
Avocat en droit des affaires à Toulouse, Joachim Brindeau intervient sur les contrats, les partenariats R&D et la propriété intellectuelle.
Dernière révision : 22 septembre 2026
Première publication : 30 novembre 2024

Questions fréquentes

Voici les réponses aux questions fréquentes sur ce sujet.

Le système de Madrid délivre-t-il une marque valable dans tous les pays ?

Non. L’OMPI centralise la demande et inscrit l’enregistrement international, puis chaque office désigné applique son propre droit. Un refus dans un territoire n’annule pas les protections acceptées ailleurs.

Faut-il une marque française déjà enregistrée pour déposer via Madrid ?

Une demande française peut servir de marque de base sans attendre son enregistrement. Cette base reste toutefois déterminante : le signe doit correspondre et le libellé international ne peut pas être plus large.

Que se passe-t-il si la marque de base disparaît pendant cinq ans ?

L’enregistrement international peut être radié totalement ou partiellement si la base cesse de produire effet pendant la période de dépendance. Une transformation en demandes nationales ou régionales peut être demandée dans un délai de trois mois, avec de nouvelles formalités et taxes.

Peut-on ajouter un pays après l’enregistrement international ?

Oui, par une désignation postérieure. Le nouveau pays examine la marque selon sa législation et la protection ne remonte pas automatiquement à la date des premières désignations.

Comment calculer le coût d’un dépôt international ?

Le total dépend de la représentation de la marque, des membres désignés et des classes. Utilisez le calculateur OMPI avec le projet réel ; ajoutez au budget les réponses à d’éventuels refus et l’intervention d’un mandataire local.

Sources

Sources et références

Les références utilisées pour cette page sont présentées ci-dessous. Les dates de consultation et les éléments étayés sont indiqués lorsqu’ils sont disponibles.
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