Une étude de brevetabilité répond à une question précise : au vu des informations trouvées, l’invention semble-t-elle pouvoir satisfaire les conditions d’un brevet ? Elle éclaire une décision de dépôt. Elle ne promet ni la délivrance du titre, ni sa validité future.
La qualité du résultat dépend d’abord de la question posée. Chercher « quelque chose de similaire » ne suffit pas : il faut identifier les caractéristiques techniques à comparer et la date avant laquelle une information publique peut devenir une antériorité.
1. Définir l’invention sans reprendre le discours commercial
Commencez par le problème technique rencontré, la solution proposée et les effets obtenus. Pour chaque caractéristique, demandez-vous si elle est nécessaire, facultative ou remplaçable. Notez aussi les variantes déjà envisagées : plages de valeurs, matériaux, géométries, étapes, architectures ou paramètres.
Un avantage commercial — coût plus faible, usage plus simple, marché nouveau — n’est pas en soi une caractéristique technique. Il peut orienter la stratégie, mais l’analyse de brevetabilité porte sur la solution revendiquée.
À ce stade, préparez une courte fiche comprenant :
- une définition neutre du problème ;
- les caractéristiques communes à toutes les variantes ;
- les différences par rapport aux solutions déjà connues de l’équipe ;
- les essais, mesures ou effets techniques disponibles ;
- les éventuelles divulgations antérieures.
2. Rechercher au-delà des seuls brevets en vigueur
L’état de la technique comprend, en principe, tout ce qui a été rendu accessible au public avant la date pertinente. Peu importe qu’un ancien brevet soit expiré ou abandonné : son contenu peut toujours détruire la nouveauté. Une publication scientifique, une norme, un catalogue, une vidéo, une conférence, un manuel ou un produit commercialisé peuvent jouer le même rôle.
La recherche combine plusieurs entrées. Les mots-clés servent à démarrer, dans différentes langues et avec des synonymes. Les classifications de brevets permettent ensuite d’explorer un domaine sans dépendre du vocabulaire choisi par les rédacteurs. Les noms de déposants, d’inventeurs, les familles et les citations conduisent enfin vers des documents moins évidents.
Une recherche reste bornée. Certaines demandes ne sont pas encore publiées ; des usages sont difficiles à retrouver ; une base peut contenir des lacunes ou des erreurs de traduction. Le rapport doit l’indiquer au lieu de présenter l’absence de résultat comme une certitude.
3. Tester la nouveauté, caractéristique par caractéristique
Pour écarter la nouveauté d’une revendication, un seul élément de l’état de la technique doit en divulguer toutes les caractéristiques, directement et sans ambiguïté. On ne fabrique donc pas une antériorité en assemblant plusieurs documents.
Le moyen le plus sûr consiste à dresser une matrice. Une ligne par caractéristique ; une colonne par document. Chaque correspondance renvoie au passage, à la figure ou à la revendication pertinente, avec sa date de publication. Cette méthode évite de conclure à partir d’un titre ou d’un résumé qui simplifie le contenu réel.
4. Examiner l’activité inventive sans connaître la réponse d’avance
Une invention nouvelle peut malgré tout paraître évidente pour l’homme du métier. L’analyse part alors de l’état de la technique le plus pertinent, cerne la différence technique et cherche le problème effectivement résolu.
Plusieurs documents ou les connaissances générales peuvent entrer dans le raisonnement. Encore faut-il expliquer pourquoi l’homme du métier les aurait combinés et pourquoi il aurait raisonnablement attendu le résultat. Dire que toutes les pièces existaient séparément ne suffit pas.
Méfiez-vous surtout du raisonnement rétrospectif. Une fois la solution connue, son enchaînement paraît souvent naturel. L’étude doit se replacer avant l’invention, à partir des connaissances et contraintes accessibles à cette date.
5. Vérifier l’application industrielle et les exclusions
L’invention doit pouvoir être fabriquée ou utilisée dans un genre d’industrie. Il faut aussi vérifier que l’objet revendiqué relève bien d’une invention et qu’aucune exclusion ne s’applique. Ces questions deviennent importantes pour les logiciels, les méthodes intellectuelles, certaines méthodes médicales ou les inventions biologiques.
Cette étape ne doit pas être confondue avec la liberté d’exploitation. Une amélioration peut être brevetable tout en tombant dans le champ d’un brevet antérieur plus large. À l’inverse, l’absence de nouveauté n’établit pas, à elle seule, qu’un tiers puisse encore interdire l’exploitation.
6. Rendre une conclusion utile à la décision
Un bon rapport ne se limite pas à « brevetable » ou « non brevetable ». Il classe les documents, distingue les critères, expose les incertitudes et propose des suites concrètes.
- Risque faible : aucun document proche n’a été identifié, sous réserve des limites de recherche.
- Risque à traiter : certains éléments sont connus, mais une combinaison ou un effet technique peut encore être défendu.
- Risque élevé : une divulgation unique semble reprendre les caractéristiques essentielles, ou le raisonnement inventif paraît fragile.
Selon le résultat, l’équipe pourra approfondir une famille de documents, reformuler le cœur technique, produire des essais comparatifs, déposer rapidement ou garder certains éléments secrets. La conclusion doit toujours préciser la date de la recherche et le périmètre des bases consultées.
Deux analyses doivent rester séparées. L’étude de brevetabilité aide à décider ce qui peut être revendiqué et à préparer la rédaction de la demande. La liberté d’exploitation vérifie, elle, si le produit envisagé risque de rencontrer les droits de tiers.

Rédigé par Lucien Trouette
Conseil en Propriété Industrielle, Lucien Trouette accompagne la protection des inventions, des brevets et du savoir-faire.

