Points clés Ce qu’il faut retenir de cet article en quelques mots
  • L’article L. 714-1 CPI impose un écrit pour toute cession de marque : sans acte valable, l’opération est nulle et le titre reste chez le cédant.

  • La cession peut être partielle par produits ou services, mais jamais limitée à un territoire selon les règles françaises applicables.

  • L’inscription au Registre national des marques rend la cession opposable aux tiers ; l’INPI exige un extrait d’acte identifiant parties, signatures et titre.

  • Anticipez la période post-cession : signatures nécessaires pour l’étranger, transmission des dossiers en cours et information des mandataires, sans confondre coopération et exigences de l’office.

Céder une marque, ce n’est pas seulement transmettre un numéro d’enregistrement. L’opération peut emporter tout ou partie des droits attachés au titre, mais elle doit être constatée par écrit. Sans acte valable, la cession est nulle.

Le premier réflexe consiste donc à vérifier ce qui existe réellement : titulaire inscrit, statut de la marque, produits et services couverts, échéances, licences, sûretés et litiges éventuels.

Définir précisément le périmètre

Une cession peut concerner tous les produits et services désignés, ou une partie seulement. Elle ne peut toutefois pas être limitée à un territoire : l’article L. 714-1 du Code de la propriété intellectuelle l’exclut, y compris pour une cession partielle.

Chaque titre doit être identifié par son numéro, sa nature, son titulaire et le registre dont il relève. Reste ensuite à regarder ce qui gravite autour de la marque. Selon l’opération, le transfert peut aussi concerner :

  • une demande encore en cours d’examen ;
  • des variantes du signe ou des éléments graphiques ;
  • des noms de domaine et comptes en ligne ;
  • des droits d’auteur, archives ou contrats associés ;
  • les actions engagées pour défendre le titre.

Une liste détaillée évite qu’un actif utile à l’exploitation reste, par oubli, chez le cédant.

Précisez également le sort des titres et procédures existants dans d’autres territoires : marque de l’Union européenne, désignations sous le système de Madrid, dépôts nationaux distincts. Si un droit de priorité issu d’un dépôt récent n’a pas encore été exercé, mentionnez-le expressément dans l’acte, en gardant à l’esprit qu’un droit de priorité est un délai à durée limitée et ne se confond ni avec un titre enregistré ni avec une extension internationale déjà obtenue. Chaque titre ou procédure suit ses propres règles d’inscription et l’acte doit indiquer clairement ce qui est transféré, sous peine de rendre le transfert inopposable sur certains territoires.

Reconstituer la chaîne de titularité

Le nom inscrit au registre ne suffit pas toujours à raconter l’histoire du titre. Le cédant doit être en mesure de justifier ses droits. Si des transmissions antérieures n’ont jamais été inscrites, leur régularisation pourra précéder la nouvelle cession ou l’accompagner.

Licences, nantissements, saisies, copropriétés et procédures méritent aussi d’être examinés. La vente ne fait pas disparaître les droits déjà accordés à des tiers. Elle n’efface pas davantage un risque de déchéance ou de nullité.

Un audit préalable centralise ces éléments : extraits de registre, contrats de licence en cours, actes de sûreté, notifications d’opposition ou d’actions en nullité, correspondance des mandataires. La cession peut alors être structurée pour purger les défauts identifiés, obtenir les mainlevées utiles ou aménager le prix en fonction des risques résiduels.

Écrire un contrat adapté à l’opération

Prix, date d’effet, conditions suspensives, paiement, documents remis : le contrat fixe les éléments essentiels de l’accord. Il doit aussi répondre à des questions très pratiques. Qui suit un renouvellement déjà engagé ? Qui intervient dans une opposition en cours ? À quelle date l’acquéreur reprend-il les frais et les décisions ?

Les garanties portent habituellement sur la titularité, les pouvoirs du signataire, les contrats existants et l’absence de sûretés non révélées. Leur étendue dépend toutefois des vérifications réalisées et des informations disponibles. Garantir tout succès commercial, ou promettre qu’aucune contestation ne surviendra, serait peu réaliste.

Il est aussi utile d’articuler contractuellement le sort des redevances et taxes de renouvellement : les marques françaises et de l’Union européenne se renouvellent par tranches de dix ans à l’INPI ou à l’EUIPO, et un renouvellement peut tomber à échéance dans les mois suivant la signature. À cela s’ajoutent les redevances d’inscription payables aux différents offices et, le cas échéant, les frais de traduction pour les procédures étrangères. Une répartition écrite évite les impayés qui pourraient faire perdre un droit acquis.

Prévoyez enfin le sort des données transmises pour préparer la cession : études d’antériorité, avis externes, correspondances confidentielles. Une clause de confidentialité et un engagement de destruction ou de restitution encadrent leur usage après la clôture, sans empêcher chaque partie de conserver ce qui est requis par la loi ou par ses obligations réglementaires.

Prévoir la période qui suit la vente

Parfois, le cédant doit encore utiliser le signe pendant quelques semaines. Une licence transitoire ou un délai d’écoulement des stocks peut alors organiser cette période. Emballages, sites internet, comptes sociaux, noms de domaine et information des distributeurs suivent leur propre calendrier ; mieux vaut le prévoir dans l’acte.

Lorsque la marque accompagne une activité plus vaste, l’acquéreur doit recevoir les moyens de l’exploiter de façon cohérente. Le titre seul aura peu d’utilité si les visuels, les données ou les contrats indispensables restent hors du transfert.

Prévoyez également une clause de coopération après clôture : signatures nécessaires pour les inscriptions étrangères, transmission des pièces d’usage en cas de contestation ultérieure et relais auprès des mandataires. Ces engagements pratiques évitent qu’un défaut de coopération ne retarde une inscription et sécurisent la reprise des dossiers en cours. Cette clause relève de la pratique contractuelle et ne substitue pas les exigences propres à chaque office.

Rendre le transfert opposable aux tiers

Pour une marque française, l’inscription au Registre national des marques informe les tiers et rend la modification opposable. L’INPI demande notamment un extrait de l’acte permettant d’identifier les parties, les signatures, la nature de l’opération et le titre concerné.

Une marque de l’Union européenne relève de l’EUIPO. Une marque internationale relève, quant à elle, de l’OMPI et de ses règles propres. Après la formalité, contrôlez les données publiées, puis actualisez les mandats et les adresses de correspondance.

Anticipez un délai administratif : l’inscription n’est pas instantanée. Selon l’office concerné et la nature de l’acte, des compléments peuvent être demandés ; les directives d’inscription de l’INPI listent les pièces exigées pour les registres nationaux. Suivez chaque dossier jusqu’à publication effective et conservez le numéro d’inscription, car il sert de référence pour les échanges ultérieurs avec les mandataires, les licenciés et les tiers intéressés par la vie du titre.

Pour préparer l’acte et les inscriptions, consultez notre service de cession de marque.

Si l’acquéreur reçoit seulement un droit d’usage, il s’agit plutôt d’une licence de marque. Les alertes issues de la surveillance du portefeuille doivent aussi être examinées avant la signature : une procédure en cours peut modifier le risque, le prix ou les garanties négociées.

Joachim Brindeau, auteur de « Céder une marque : contrat et inscription ».

Auteur : Joachim Brindeau

Avocat en droit des affaires
Avocat en droit des affaires à Toulouse, Joachim Brindeau intervient sur les contrats, les partenariats R&D et la propriété intellectuelle.
Dernière révision : 22 septembre 2026
Première publication : 9 septembre 2024

Questions fréquentes

Voici les réponses aux questions fréquentes sur ce sujet.

Une cession de marque doit-elle être écrite ?

Oui. L’article L. 714-1 prévoit que la cession des droits attachés à la marque est constatée par écrit à peine de nullité.

Peut-on céder une marque pour certains produits seulement ?

Oui, une cession partielle peut viser certains produits ou services couverts par le titre.

Peut-on limiter la cession à une région française ?

Non. La cession, même partielle, ne peut pas comporter de limitation territoriale selon l’article L. 714-1.

Pourquoi inscrire la cession au registre ?

L’inscription informe les tiers, met à jour le titulaire et permet de rendre la modification opposable dans les conditions applicables.

Quel office traite l’inscription ?

L’office dépend du titre : INPI pour les marques françaises, EUIPO pour les marques de l’Union européenne et OMPI pour les marques internationales.

Sources

Sources et références

Les références utilisées pour cette page sont présentées ci-dessous. Les dates de consultation et les éléments étayés sont indiqués lorsqu’ils sont disponibles.
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