Points clés Ce qu’il faut retenir de cet article en quelques mots
  • Mentionner un ordinateur ne suffit pas à établir la contribution technique ni l’activité inventive.

  • La description doit rattacher l’effet technique aux moyens qui le produisent et au problème résolu.

  • Les caractéristiques techniques et non techniques s’apprécient dans leur combinaison.

  • Les différentes catégories de revendications doivent rester cohérentes et porter la même contribution.

  • Une description trop abstraite peut compromettre la suffisance et limiter les positions de repli pendant l’examen.

Une invention mise en œuvre par ordinateur réunit souvent du matériel, des traitements de données, des règles métier, des modèles mathématiques ou des interfaces. Ces caractéristiques peuvent être techniques ou non techniques. Leur informatisation ne permet pas de présumer leur contribution à la brevetabilité.

La demande doit définir les caractéristiques à l’origine de la contribution technique et en expliquer le fonctionnement. Les catégories de revendications peuvent couvrir différentes formes d’exploitation, mais leur choix ne démontre pas cette contribution.

La description doit permettre d’examiner la solution au regard des critères généraux de brevetabilité. La seule présentation informatique de l’invention ne suffit pas à établir sa contribution technique.

Qu’est-ce qu’une invention mise en œuvre par ordinateur ?

L’expression désigne une invention dont l’exécution fait intervenir un ordinateur, un processeur, un réseau programmable ou un autre appareil informatique. Elle est plus large que le seul « logiciel » : la solution peut concerner un procédé industriel commandé numériquement, un dispositif connecté, le traitement d’un signal ou le fonctionnement interne d’un système informatique.

Cette qualification ne préjuge pas de la brevetabilité. Elle décrit le mode de mise en œuvre. L’analyse doit encore établir que l’objet revendiqué présente un caractère technique, qu’il n’est pas limité à un programme « en tant que tel » et qu’il remplit les conditions de nouveauté, d’activité inventive et d’application industrielle.

Dans une invention mixte, l’examen porte sur le rôle des caractéristiques dans leur combinaison. La description doit identifier le besoin métier, les moyens de mise en œuvre et la difficulté technique que ces moyens résolvent. Cette première analyse ne constitue pas un exposé complet du traitement juridique des revendications mixtes.

Pourquoi commencer par la contribution technique ?

La formule « procédé mis en œuvre par ordinateur comprenant… » peut introduire une simple liste d’étapes fonctionnelles. Elle ne précise alors ni leur rôle technique ni la contribution de leur combinaison.

La description doit relier :

  1. le problème technique rencontré ;
  2. les caractéristiques qui le résolvent ;
  3. l’effet technique produit par leur combinaison.

Cette analyse détermine les caractéristiques à revendiquer et les passages de la description qui en expliquent le fonctionnement. La contribution envisagée reste à confronter à l’état de la technique. L’annonce d’un avantage par les concepteurs ne suffit pas à l’établir.

La contribution technique ne doit pas être formulée uniquement comme un avantage, par exemple « améliorer l’efficacité » ou « accroître la fiabilité ». La demande doit expliquer les mécanismes à l’origine de cet avantage.

Lorsque l’objet est un programme, l’effet technique supplémentaire du programme précise ce qui doit dépasser les interactions physiques normales avec le matériel.

Comment analyser une invention à caractéristiques mixtes ?

Une invention numérique peut réunir :

  • des composants techniques, comme un capteur, un processeur, une mémoire ou un réseau ;
  • des opérations techniques, comme l’acquisition d’un signal, la commande d’un dispositif ou la gestion d’une ressource ;
  • des calculs mathématiques ;
  • des règles économiques, administratives ou cognitives ;
  • une présentation d’informations.

La qualification des caractéristiques dépend de leur interaction et de leur rôle dans la solution revendiquée, non du nombre d’éléments techniques.

Cartographier les caractéristiques

La matrice suivante distingue quelques rôles possibles :

Caractéristique envisagéeRôle à préciser dans la descriptionQuestion pour la revendication
Acquisition de mesures physiquesIdentifier le phénomène mesuré et l’usage des mesuresLe lien entre mesures et traitement est-il défini ?
Calcul d’un indicateurExpliquer le calcul et son application dans le systèmeSa finalité technique ressort-elle de la combinaison revendiquée ?
Application d’une règle tarifaireDistinguer l’objectif commercial de sa mise en œuvreLa règle est-elle présentée à tort comme un effet technique ?
Génération d’une commande d’équipementRelier le résultat du traitement à l’action sur l’équipementLes opérations qui produisent cette action sont-elles définies ?

La qualification repose sur le fonctionnement décrit. Pour un calcul, elle exige notamment de connaître l’utilisation du résultat. La réception de données et l’exécution sur un processeur ne précisent pas ce rôle.

Identifier les caractéristiques qui produisent l’effet

La demande doit montrer quelles caractéristiques causent l’effet technique invoqué. Si certaines étapes ne servent qu’à définir un objectif non technique, elles ne doivent pas être présentées comme la source de l’activité inventive sans analyse.

Dans l’hypothèse d’un service donnant priorité aux clients d’une offre particulière, la priorité tarifaire exprime un choix commercial. Un mécanisme de répartition des traitements destiné à éviter la saturation d’une ressource soulève une autre question. La description doit préciser la règle de priorité, les mesures de charge et les opérations de répartition pour établir quel effet technique peut être attribué au mécanisme.

Reformuler le problème sans intégrer la solution

Le problème technique objectif se construit à partir de la comparaison avec l’état de la technique. Il peut donc différer de la difficulté formulée au départ par les concepteurs. Sa formulation ne doit pas contenir la solution, sous peine de fausser l’appréciation de ce que l’homme du métier aurait fait sans connaître l’invention.

La méthode problème-solution aide à éviter ce raisonnement rétrospectif.

Quelles catégories de revendications envisager ?

Le choix entre les catégories suivantes dépend de l’objet, des formes d’exploitation et du territoire de protection. Aucune formulation n’est admissible par principe. Chacune doit conserver les caractéristiques à l’origine de l’effet technique.

La revendication de procédé

Elle décrit une succession d’étapes exécutées pour obtenir le résultat technique. Elle est adaptée lorsque la contribution réside principalement dans l’enchaînement des opérations, le traitement de données techniques ou la commande d’un système.

Chaque étape importante doit être formulée avec assez de précision pour définir son rôle. Une suite de verbes génériques comme « recevoir, traiter et afficher » risque de ne pas délimiter la contribution.

La revendication de dispositif ou de système

Elle définit les moyens matériels et fonctionnels configurés pour réaliser les opérations. Elle peut viser un appareil unique ou une architecture distribuée.

Une liste de « modules configurés pour » ne décrit pas nécessairement la coopération des moyens. Or les relations entre composants peuvent déterminer l’effet technique.

La revendication de produit programme d’ordinateur

Cette catégorie vise le programme comportant des instructions qui, lorsqu’elles sont exécutées, conduisent à la mise en œuvre du procédé. Sa rédaction doit rester alignée sur la contribution technique définie dans la demande.

Selon les directives INPI et OEB, un programme peut échapper à l’exclusion « en tant que tel » lorsqu’il produit un effet technique supplémentaire, au-delà des interactions physiques normales entre logiciel et matériel. Le seul intitulé « produit programme » n’établit pas cet effet, et l’absence d’exclusion ne démontre pas l’activité inventive.

Le support lisible par ordinateur

Une revendication peut également viser un support sur lequel les instructions sont enregistrées. Elle doit préciser ce que ces instructions font exécuter. Le support matériel ne dispense pas d’analyser la contribution technique et l’activité inventive de l’objet revendiqué.

Des revendications cohérentes entre elles

Les opérations du procédé, les moyens du système et les instructions du programme doivent correspondre. Le changement de catégorie ne doit pas faire disparaître une interaction nécessaire à l’effet invoqué. Cette cohérence ne préjuge pas de l’unité d’invention.

Comment relier la description aux revendications ?

La description doit permettre à l’homme du métier d’exécuter l’invention sur toute la portée revendiquée, sans effort excessif ni activité inventive. La rédaction exige notamment les correspondances suivantes :

  • Un « module de traitement » doit être décrit par ses entrées, ses opérations et ses sorties. Son nom seul ne décrit pas le mécanisme.
  • Les échanges de données ou les commandes doivent être reliés au comportement du système. Une condition nécessaire à l’effet doit être conservée dans la formulation.
  • Les variantes d’architecture, de séquence ou de paramètres doivent être décrites en précisant comment elles conservent le mécanisme technique invoqué.

Cette vérification aide à choisir le niveau de généralité des termes. Elle ne remplace pas l’examen de la suffisance de description, développé séparément.

Comment rédiger la revendication indépendante ?

La revendication indépendante doit définir la combinaison qui réalise la solution technique. La recherche d’une « combinaison minimale » ne justifie pas le retrait d’une caractéristique nécessaire au fonctionnement décrit. À l’inverse, tous les détails du prototype n’ont pas nécessairement à y figurer.

Le choix des caractéristiques dépend des points suivants :

  1. cette caractéristique participe-t-elle à l’effet technique ?
  2. est-elle nécessaire pour distinguer l’invention de l’état de la technique envisagé ?
  3. son retrait ferait-il perdre le mécanisme commun aux variantes ?
  4. la description soutient-elle toute la généralité du terme employé ?

La revendication ne doit pas se limiter au résultat à atteindre. Une formule telle que « optimiser le fonctionnement » peut exprimer l’objectif sans définir les moyens qui permettent de l’obtenir.

Le niveau de généralité admissible dépend de l’état de la technique et du support offert par la description.

Quel rôle jouent les revendications dépendantes ?

Les revendications dépendantes organisent les positions de repli. Elles peuvent préciser :

  • une architecture particulière ;
  • une séquence d’opérations ;
  • un type de données techniques ;
  • un mécanisme de synchronisation ;
  • une condition de déclenchement ;
  • une contrainte de ressources ;
  • une forme spécifique de commande ou de correction.

Chaque limitation doit trouver une explication dans la description et former une combinaison cohérente avec les autres caractéristiques. Une position de repli peut permettre de répondre à une antériorité, sans garantir la brevetabilité de la revendication limitée. La préparation de ces replis ne tranche pas l’admissibilité d’une modification après dépôt, dont les conditions détaillées ne sont pas traitées ici.

Quelles erreurs fragilisent une demande informatique ?

Décrire uniquement la fonction métier

Une demande qui expose en détail le besoin commercial mais résume la mise en œuvre à « un processeur exécute les instructions » laisse la contribution technique indéterminée.

Confondre effet recherché et moyen technique

Les termes « rapide », « fiable », « sécurisé » ou « intelligent » ne définissent pas les mécanismes. Il faut préciser les opérations et interactions qui produisent ces qualités.

Ajouter du matériel générique pour éviter l’exclusion

La mention d’un serveur, d’une mémoire ou d’un réseau ne démontre pas à elle seule une activité inventive. Le rôle du matériel dans la combinaison doit être expliqué. L’informatisation d’une règle métier ne démontre pas une contribution technique.

Revendiquer une portée plus large que l’effet décrit

Si l’effet n’est démontré que pour une configuration particulière, une revendication couvrant toutes les architectures peut manquer de support ou inclure des modes qui ne résolvent pas le problème.

Oublier les interfaces entre composants

Dans un système distribué, la coordination, la synchronisation ou le partage des traitements peuvent être à l’origine de l’effet invoqué. La description séparée des composants ne suffit alors pas à expliquer le mécanisme.

Présumer que la technicité établit l’activité inventive

Même lorsqu’une revendication présente un caractère technique, son objet doit être comparé à l’état de la technique. L’absence de nouveauté suppose qu’une divulgation antérieure unique contienne directement et sans ambiguïté l’intégralité de l’objet revendiqué. L’activité inventive pose une question distincte : la solution aurait-elle été évidente pour l’homme du métier ?

Exemple générique de construction

Dans un exemple hypothétique, un système adapte la commande d’un équipement à partir de mesures reçues en continu. Un retard de transmission peut conduire à utiliser une mesure qui ne représente plus l’état de l’équipement.

Une rédaction limitée à « recevoir des données, calculer une valeur optimale et commander l’équipement » laisse précisément ce problème sans réponse. Supposons que le système associe une information temporelle à chaque mesure et lui applique un traitement distinct lorsqu’elle est trop ancienne.

La description doit préciser :

  • la grandeur mesurée et son rôle dans la commande ;
  • la manière dont l’ancienneté d’une mesure est déterminée ;
  • le critère de choix entre les traitements ;
  • les opérations réellement exécutées dans chaque cas ;
  • la génération de la commande et l’effet attendu sur l’équipement ;
  • les limites de fonctionnement et les variantes envisagées.

La formule « gérer les mesures anciennes » ne décrit pas le traitement appliqué. Si celui-ci reste à concevoir, le mécanisme technique est encore incomplet.

La revendication doit conserver la relation entre ancienneté, traitement et commande. Les mots « module d’optimisation » ne la définissent pas. Cet exemple hypothétique n’établit ni la nouveauté ni l’activité inventive du mécanisme.

Checklist avant finalisation

Les points de contrôle du projet de demande sont les suivants :

  • le problème technique est formulé indépendamment de la solution ;
  • pour un programme, l’effet technique supplémentaire invoqué dépasse les interactions physiques normales entre logiciel et matériel ;
  • chaque effet important est relié à des caractéristiques précises ;
  • les éléments non techniques sont identifiés et correctement articulés avec les moyens techniques ;
  • la revendication indépendante contient la combinaison qui produit l’effet ;
  • les revendications dépendantes offrent des replis techniquement significatifs ;
  • les catégories procédé, système, programme et support restent cohérentes ;
  • les figures et la description permettent de comprendre les flux et interactions ;
  • les variantes couvertes peuvent être exécutées sans programme de recherche ;
  • la nouveauté et l’activité inventive sont analysées séparément.

Organiser le dossier d’invention

Le dossier réunit les schémas, spécifications, journaux d’essais, comparaisons avec les solutions existantes et explications des concepteurs. Ces pièces doivent permettre de relier le problème aux moyens et à l’effet invoqué, et d’identifier les variantes conservant la contribution commune.

Selon la difficulté rencontrée, le dossier doit permettre de traiter la brevetabilité du programme informatique, de distinguer algorithme abstrait et application technique, ou d’examiner l’unité entre les variantes revendiquées. Ces examens portent respectivement sur l’objet programme, le rôle du calcul et les liens entre les variantes.

L’étude de brevetabilité porte sur la solution ainsi définie et les questions techniques restant à résoudre.

Ce contenu expose une méthode générale de préparation. La rédaction des revendications dépend de l’invention, de l’état de la technique et des territoires dans lesquels une protection est recherchée.

Lucien Trouette, auteur de « Invention mise en œuvre par ordinateur : rédiger autour d'une contribution technique ».

Auteur : Lucien Trouette

Conseil en Propriété Industrielle
Conseil en Propriété Industrielle, Lucien Trouette accompagne la protection des inventions, des brevets et du savoir-faire.
Dernière révision : 21 octobre 2026
Première publication : 21 octobre 2026

Questions fréquentes

Voici les réponses aux questions fréquentes sur ce sujet.

Suffit-il d’écrire « processeur configuré pour » ?

Non. Cette formule peut définir une fonction, mais elle ne démontre ni la contribution technique ni l’activité inventive. La demande doit expliquer le rôle de la fonction dans la solution et soutenir la portée revendiquée.

Faut-il toujours revendiquer le procédé, le système et le programme ?

Non. Ces catégories peuvent être complémentaires, mais leur pertinence dépend de l’invention, des modes d’exploitation et de la stratégie de protection. Les multiplier sans cohérence n’améliore pas la brevetabilité.

Les règles métier doivent-elles être supprimées de la demande ?

Elles peuvent figurer dans le contexte ou définir une contrainte. Leur présence n’impose pas leur suppression, mais leur rôle doit être distingué de celui des caractéristiques qui apportent la solution technique.

Peut-on ajouter des détails techniques après le dépôt ?

La demande initiale doit contenir un support suffisant pour l’invention revendiquée et ses variantes. Il est donc prudent de documenter les mécanismes et positions de repli avant le dépôt plutôt que de compter sur un complément ultérieur.

Une revendication technique est-elle forcément inventive ?

Non. Le caractère technique permet d’entrer dans l’analyse de brevetabilité, mais l’activité inventive dépend de la comparaison avec l’état de la technique et de ce qui aurait été évident pour l’homme du métier.

Sources

Sources et références

Les références utilisées pour cette page sont présentées ci-dessous. Les dates de consultation et les éléments étayés sont indiqués lorsqu’ils sont disponibles.
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